Quelques situations ordinaires d’usages des corps avec éthique

Marie Julie

Artiste indépendante


Citer cet Article

Julie, M. (2025). Quelques situations ordinaires d’usages des corps avec éthique. p-e-r-f-o-r-m-a-n-c-e, 8.


Résumé

D’un corpus d’artistes et de leurs praxis socialisées, nous tentons dans ce récit de questionner la notion d’usage des corps et de l’éthique dans ces expériences artistiques.

Mots clés

Altérité, praxis artistiques, expériences, phénoménologie, usages


De plusieurs praxis artistiques s’œuvre une expérience des usages des corps; que ceux-ci soient corps sociaux, corps œuvres d’art ou corps émancipés. Ces corps sont en interaction avec les notions de rituel et d’altérité. De certaines de ces expériences artistiques et d’un objet vidéographique non identifié au titre quasi-éponyme[1] de ce texte perfor(m)é lors de la séance d’un séminaire, nous avons tissé, ce récit, en vue de questionner la notion de l’usage des corps dans l’expérience artistique. Des démarches de  Wos Agence des Hypothèses [2] et de son ambassadrice Claire Dehove, du duo d’artistes pluridisciplinaires Briana Bray dite Any Barbari et  Wassili Stoijic dit Lazy Vassili et de leur cabinet de recherches artistiques, d’André Rober, artiste, écrivain, anarchiste et de sa galerie El Taller dite Treize[3], à Îlle sur Têt et du duo d’artistes et scénographes Julien Gaillot et Claire Mezailles co-créateurices de La Raffinerie[4], un tiers-lieu culturel, artistique et social de Saint-Paul, à l’île de La Réunion, plongeons dans une expérience des corps, à la lueur des notions de rituel et d’altérité; que ceux-ci soient sociaux, non-genrés, œuvres d’art ou émancipés du mot même « art ».

Quelle place donnent-ils, à l’usage et à l’éthique, ces créateur.ice.s de corps nouveaux, qu’ils soient artistes ou usagères et usagers de ces lieux et de ces situations?

Dans l’art comme expérience, au chapitre VI, titré la substance et la forme, John Dewey écrit «Les doigts d’art expressifs et c’est en cela qu’ils sont un langage. (…) Mieux ils sont des langages (…)» Expérience désigne, dans ce récit, des faits qui sont vécus. Le corps selon Maurice Merleau-Ponty «(…) n’est ni une chose ni une somme d’organes, mais un réseau de liens, ouvert au monde et aux autres. Le monde est le lieu où se nouent la corporéité et l’altérité.»

Des usages de corps sociaux, de corps individuels en usage et  des usagers de corps collectifs émancipés sont les marqueurs des praxis développées par ces artistes, en leurs lieux avec des allers-retours constant entre éthique et altérité.

UNE RAFFINERIE DE LIENS

Corps social qualifie, de manière précise, l’architecture cocréatrice, capacitante et située de La Raffinerie; lieu pluridisciplinaire et incubateur social et artistique, dont les facilitateur.ice.s Julien Gaillot et Claire Mezailles favorisent l’émergence d’une communauté créative, multipotentielle, multiculturelle et transdiciplinaire, sur les ruines d’une usine du patrimoine industriel sucrier de l’île de La Réunion, puis plus récemment à la Saline sur un ancien site de villiégatures pour des vacanciers.  Les usager.e.s de la Raffinerie s’exercent à des disciplines, aussi diverses que la menuiserie, l’organisation événementielle éphémère ou la construction scénographique urbaine dont le module de base est la palette, rebut de l’économie d’importation locale. Ils développent des recherches, des pratiques artistiques, des formats, des contextes et des groupes à géométrie variable, où le partage de compétences, de connaissances, de savoirs et savoir-faires sont les  vecteurs du développement d’une œuvre collective relationnelle éclectique sociétale. Ils questionnent celle-ci, dans des expérimentations de permaculture, de savoirs et de savoirs-faire low tech, implémantées dans des logiques de décroissance et d’écoresponsabilité partagée d’un territoire. La culture et l’art deviennent des lieux possibles d’une sociabilité et d’une convivialité actives de ce qui s’y crée, au sein d’une économie circulaire; des pratiques sensibles à l’écologie, aux arts urbains, à l’autosuffisance alimentaire et énergétique y naissent. Incarnant dans sa vie et sa pratique, les concepts de l’in-situ anarchitecte de Gordon Matta-Clark, Julien Gaillot a mis au cœur de ce lieu, les valeurs de coopération et de mutualisation de l’économie sociale et solidaire:  « une anarchitecture » sociale et sociétale trame ce qui est co-oeuvré à la Raffinerie.

FICTION INSTITUANTE POUR UNE EXPÉRIENCE RÉELLE DE L’ALTÉRITÉ

Wos Agence des Hypothèses est la fiction instituante, imaginée et fondée par Claire Dehove. Depuis 2002, ce qu’elle définit par «Agir sur des terrains périphériques à l’art, c’est trouver des occasions d’œuvrer dans le réel.» crée des espaces-temps, possibles et disponibles pour l’autre. Dans ces interstices, elle glisse ses hypothèses dont les expériences activables et réactivables sont documentées en open source. Sa boîte à outils est une organisation collaborative, extradisciplinaire, infiltrante et infiltrée. La praxis socialisée par l’hypothèse définit l’ensemble des champs de réflexions, d’actions et de créactions[5] coopératives, collaboratives, solidaires de l’artiste et chercheuse, qui tour à tour est directrice de Wos l’agence des hypothèses, ambassadrice de la Méta-nation, chercheuse de l’Université du bien commun de Paris et activatrice d’anarchives. Ses manœuvres sculptent une sensibilité empathe forte où Claire Dehove active un dialogue constant avec son époque, ses pair.e.s, les vivants humains et non humains. Ses dispositifs ouverts ont le design de jeux de rôles, grandeur nature; ils apparaissent dans des contextes hétérogènes;  sphère publique telles que des Biennales, des maisons pour étudiants; sphère privée telles que des cuisines solidaires telles celles que créent les marmites méta-nationales. Des rituels culinaires deviennent des conduits où émergent des collectes de paroles intimes. Wos Agence des Hypothèses «géotransgresse» de nombreuses frontières par ses actes menés entre espace domestique et espace public; ses hypothèses et ses protocoles proposent une hiérarchie horizontale et en réciprocité avec les activatrices et les activateurs de ceux-ci. Claire Dehove est facilitatrice d’un processus qui perdure après elle. Elle contribue dans un contexte choisi,  à soulever ce qui y a lieu, ce qui s’y vit et à les sortir de l’ombre. Gâce aux anarchives, une visibilité de la parole des civil.e.s, des mémoires citoyenne et intime, sont perçues et partagées sans pour autant user du vocabulaire de l’espace expositionnel et de son marché. La question du pouvoir d’agir de la femme et la présence des femmes est partout dans ses propositions: par exemple, elle a mené un travail de collecte de mémoire, auprès de jeune femmes migrantes, en situation de monoparentalité et de précarité; ou encore dans le cadre de la Biennale de Lyon, dans un quartier populaire limitrophe, où elle a activé des rituels liés à la domesticité culinaire et à la convivialité de celle-ci. Ces moments sont des lieux pour des corps collectifs émancipés.

CORPS COLLECTIFS ÉMANCIPÉS

Corps collectifs émancipés tels sont la galerie El Taller dite Treize et le cabinet de tatouage et de recherches artistiques La Troisième Main. Les deux lieux partagent un modèle économique autonome qui repose sur une mixité d’activités et de prestations, modèle transculturel car loin de brandir des thématiques, circonstancielles et éphémères dictées par les politiques institutionnelles et industries culturelles, ce sont des espaces-temps, ouverts au dialogue à un art non identifié comme de l’art, formule empruntée au théoricien d’art Jean Claude Moineau et qu’il a explicité dans son texte L’art dans l’indifférence de l’art. L’œuvrer ensemble, de manière alternative, l’ambassade, le tatouage, la poésie visuelle, l’édition tels des pratiques que ce soit à  Wos Agence des Hypothèses, à La Raffinerie, à La Troisième Main ou à El Taller, les artistes qui en sont les œuvrières et les œuvriers se jouent des vocabulaires de la fête, des arts, des espaces et des genres. Dans ces lieux, la marge, l’ailleurs, la rencontre, l’altérité sont les ferments du lien tressé entre celles et ceux, qui y viennent y « habiter un temps » dont le corps ne s’arrête pas aux limites de la peau. Ces lieux sont, à la fois espace pour des praxis périphériques qui échappent aux classifications normées des institutions culturelles subventionnées et  des temps d’artistes, qui ont fondé une économie, par le choix d’une autonomie, si elle le souhaite, de l’appareillage subventionnel; que ce soit par refus de celles-ci, par l’absence de choix ou par le désir d’émancipations de celles-ci.

LIEUX, PASSAGES, CORPS, POÉSIES

André Rober et son lieu-passage d’une ville et des montagnes, El Taller  est  un espace vivant où l’anarchie, la praxis artistique, précisément celles des avant-gardes et de la poésie visuelle  accueillent les artistes, dans une galerie qu’il a choisit d’implanter  au pied des Pyrénées, au sein d’un village et qui est le réceptacle de démarches plurielles, pluriverselles et singulières.  André Rober, poète, artiste, éditeur et galeriste a travaillé dans divers métiers, qui l’ont mené de l’île de La Réunion à Marseille puis de Marseille en Occitanie. Fondateur de la maison d’édition K’A en 1999 afin de visibiliser la poésie créole réunionnaise, qu’il a laissé, depuis, en héritage à son île natale, au travers d’un passage de relai de comité éditorial en 2019, André Rober est militant culturel, anarchiste, artiste, peintre et l’ami de nombreuses poétesses et nombreux poètes dont souvent, il fut le premier éditeur. Il dirige la Biennale internationale de poésie visuelle et la revue Nuire. De 2010 à 2015, il a rassemblé et édité au sein de la revue Art & Anarchie, de nombreux auteur.ice.s, artistes et écrivain.e.s sur les liens sensibles qui se nouent et existent entre l’art et l’anarchie, le désir d’autogestion en commun et en partage pour les artistes et les anarchistes. El Taller est, à la fois, un contrepoint du village d’où elle célèbre la diversité des horizons artistiques et littéraires, loin des marchés spéculatifs, de la course au prix et à la reconnaissance et à l’image de celui-ci, un interstice entre l’urbain et le montagnard, la ville et l’île, l’océan et la mer. Faiseur de liens, entremetteur de l’art, André Rober developpe aussi une poésie visuelle et une écriture où le corps est présent; que celui-ci soit livre d’artiste, écriture des corps dans ses fonkers, transe dans les kabars poèsie dont il sait être le maître de cérémonie, mystérieux; que ce soit sur les rives de la Méditérranée ou les abords de ses eaux natives, de l’Océan Indien.

RITUELS, TATOUAGES, ALCHIMIE

Maitres de cérémonie et alchimistes tatoueurs, pétris de mystères sont les ingrédients de l’art du duo de La Troizième Main. Celui-ci est caractérisé par sa relation située, intime et atypique avec les êtres et leurs corps: ceux-ci viennent se partager dans leur cabinet, par le transfert d’un dessin sous la forme d’un tatouage.Le rituel est central dans leur praxis. Bien que le tatouage est sans doute, l’activité où celui est le plus perceptible, il est possible d’en affirmer sa présence ailleurs. Ne serait-ce que dans le fait que  leur lieu de vie se confondent avec leur lieu d’agir, de travail, de praxis : de facto accueillir chez soi nécessite une foultitude de rituels domestiques qui, pour paraître authentiques et dénués d’artificialité à l’aspirant.e de la Troisième Main, soient imprégnés de  vie et d’art confondus, de notre duo. Le tatouage possède une dimension thérapeutique; instant d’un marquage dans une vie que celle-ci soit humaine ou animale. Il est une frontière temporelle sur un corps. Le choix de se faire tatouer n’est pas anodin dans des sociétés normatives et le choix de celle ou celui qui en sera l’orfévrier.e est méticuleux. Le tatouage nécessite attention à l’autre, hygiène, exigence et rigueur. Le tatouage est aussi un art populaire drapé d’une longue histoire narrative des corps, selon les époques et des contextes, il est soit signe de propriété, soit symbole de forces. La palette de dessins et de représentations potentielles de cette discipline s’étend des imagiers traditionnels à des icônes religieuses, populaires, scientifiques, botaniques etc. Il s’incarne par des idéogrammes asiatiques, hindous, orientaux etc. Il  a une dimension curative. Il posséde la qualité de guérir de traumatismes trop lourds à porter, de défaillances du corps ou de l’esprit. Rituel par exellence, il est acte et art de la transmutation. La Troisième Main nourrit des liens avec les aspirant.es de ses prestations. Ni clients, ni patients, les êtres dont la peau deviennent les supports de l’iconographie de Briana et Wassili vivent une expérience de la transformation; quelques soient leurs origines, leurs classes sociales, leurs genres ou leurs sexualités. Et cette part du sensible ne se répartit pas, de manière tranchée, entre auteur.ice.s, publics ou spectateur.ices.

Je perçois les séances de tatouages de la Troisième Main telles des repas conviviaux: Wassili et Briana en sont les hôtes: ils en confectionnent le menu délicat; ils préparent scrupuleusement les parties du corps à dessiner, à encrer. C’est une expérience partagée de la métamorphose qui a lieu; à la fois intense pour les psychés respectives des artistes tatoueurs et des êtres aux futurs corps encrés. Tatouer est un acte physique; il engage à la fois, les corps du tatoueur et du tatoué. « Il y a de la proximité, des incisions, de la douleur, des fluides, du sang » évoque à propos, de celui-ci, Wassili, lors de notre entretien. Le tatouage a offert au duo, la possibilité d’aiguiser leurs appétences, déjà présentes dans leur démarche, pour explorer la part psychique et invisible présente dans l’art par une expérience réelle des corps, de tous types de corps. L’optimisation du rituel, de l’intimité, de la temporalité sont leurs outils. Ils tatouent une personne par jour; d’une voix à l’unisson, ils se rejoignent pour déclarer que «plus que la quantité, ce qui leur importe, c’est la qualité de l’expérience.» La Troisième main est aux antipodes d’un shop turn over. La Troisième Main est l’espace libre et libertaire où peuvent éclore des confidences, des sentiments, des blessures anciennes. Les picotements de l’aiguille des alchimistes-tatouteurs offrent une expérience de transcendance de la douleur et de facto de guérison de l’âme par le corps. Avec ses dix bougies qu’elle a fêté en 2023, La Troisième Main a appris, à mieux cerner l’espace infini de ses activités et le temps qui convient à celle-ci. Et comme dans toute expérience sincère de la relation, c’est une expérience de la durée. Avoir le temps, prendre le temps. La Troisième Main accepte tous types d’aspirant.e.s, futur.e.s tatoué.e.s ; la discussion, l’échange  sculptent le motif à dessiner où s’entreliannent la singularité de l’aspirant.e et de celle de la Troisième Main. Le motif est central, d’une importance majeure: il nécessite des qualités techniques d’exécution. « Le motif est aussi un prétexte à l’échange de fluides, au contact des peaux, à la prise de conscience de la douleur physique, de transformer la douleur mentale en douleur physique ou de l’extirper » précise Wassili «Cette dimension alchimique au tatouage s’est faite, au fur et à mesure, elle n’a pas été décidée de manière péremptoire. Elle ne découle pas d’une volonté mais d’une expérience.» ajoute-t-il. En traitant les motifs traditionnels, souvent des archétypes, ils ont saisi la force commune de ceux-ci dans la création des mythes fondateurs des civilisations de la planète. Cette révélation les a immergés au creux de la science des symboles et l’étude des mythes. Ces recherches ont affuté  leurs capacités à profiler leurs aspirant.e.s tatoué.e.s selon leurs sollicitations dessinées. Cette expérience est le creuset de l’élaboration de théories que le duo garde secrète, le temps qu’elle mature. Il précise cependant que ces actes de tatouage ne procèdent pas « d’ une volonté de l’application d’un protocole théorique». Pourtant, celui-ci malgré tout, s’est installé. Le fait qu’ils soient à la fois, un couple, un homme, une femme. La dimension d’être un homme et une feme en couple à l’art et à la vie, crée de la confiance, retire la dimension de séduction et  dégenrise la relation alchimiste-tatoueur.euse et aspirant.e. Ils sont deux. Ils s’assistent, la plupart du temps, l’un l’autre sans participer, simple observateur.ice. Présence dans l’espace, assistanat réciproque partagé. De 2019 à 2022, leur lieu de vie était devenu aussi celui du tatouage. Ils accueillaient les aspirants chez eux. Plus exactement, ils habitaient leur cabinet de recherches. Ce lieu de vie, devenu hybride, à la fois professionnel et pétri d’usages domestiques, était empli de choses personnelles, intimes de la vie de Briana et Wassili; cette configuration proposait à leur patientèle alchimique, un état de sécurité, un état confortable d’affects. En recevant chez eux, ils donnent une parcelle de leurs intimités, aux peaux intimes venues s’offrir à leurs dessins. D’autant que le multiculturalisme de Briana et Wassili, leur cosmopolitisme met à l’aise tout le monde. Ce lieu permettait, à la fois, de se sentir rassuré par les compétences techniques professionnelles du duo et de créer l’intimité nécessaire, à toute acte relationnel où nous nous  livrons entièrement. Briana et Wassili  déclarent d’ailleurs à propos  de celui-ci « Les gens se sentaient très à l’aise ». Cocon de convivialités où venir se faire tatouer rencontre  écoute, rire, partage, simplicité, accueil chaleureux; les ingrédients indispensables pour initier le type de relation qu’induit le tatouage. Au delà de celui-ci, tisser un lien psychique. Loin d’acheter une simple prestation, les tatoué.e.s de la Troisième Main restent, reviennent et parfois deviennent des amis du couple. Briana explicite ces liens: «Tous nos clients pourraient potentiellement être des ami.e.s. Nous passons tellement de temps avec eux et la donnée importante de notre pratique, c’est le temps » Ils ont choisi cette activité pour disposer de leur temps. Ils ne sont subventionnés par rien. Ils obtiennent, de leurs mains, le fruit de leur travail. Et c’est ce qui, en fait, un lieu d’émancipation totale.

EXPÉRIENCES RÉCIPROQUES D’ALTÉRITÉ

Ce corpus d’artistes, leurs praxis et les usages de celles-ci favorisent une expérience réciproque d’altérité avec une part réelle et nécessaire de l’autre. Toutes les praxis présentées ont des gestes artistiques, qui manifestent la collision avec un autre pour qu’elles s’incarnent. Ces expériences de l’altérité  proposent un espace plus élargi, au delà des bornes de la communauté. Ils proposent des dialogues contants avec un autre, quelqu’il soit et créent ainsi, une part réelle de l’autre réciproque. Elle est sensible, visible et perceptible dans les pratiques d’El Taller  et de la Troisème Main par la mise à disposition  publique de leurs propres espaces intimes. Et, ils en ont font des lieux interstices tels que ceux que Wos Agence des hypothèses convoque dans ses activations et La Raffinerie dans ses groupes de travail à géométrie variable. Tous possédent un ancrage géographique permanent et  sont nomades. Leurs propres corps en usage sont des corps en mouvement que ce soit le cabinet saisonnier à l’île de La Réunion de la Troisième Main, le taboulé méta-nationale de Wos Agence des Hypothèses à Beyrouth, les kabars poèm d’André Rober dans les contreforts des Pyrénées ou au port de Marseille, le mobilier urbain mobile de La Raffinerie. Ce sont toujours des usages et des expériences d’altérité, ré-inventés, ré-enchantés à chaque activation.

EN CONCLUSION SANS CONCLURE

Les artistes de notre corpus sont les fabricant.e.s de situations d’usage des corps dans leurs pratiques qui est sous-tendu par une éthique d’une altérité réciproque.

En 2001, le personnage Dr Lecter, dans l’adaptation cinématographique d’Hannibal par Ridley Scott du roman éponyme de Thomas Harris, paru en 1999 dit à un petit garçon dans un avion «Comme ma mère le disait, ce qui est important dans la vie c’est de faire de nouvelles expériences.». C’est précisemment par des expériences que ces artistes activent et renouvellent la notion d’usage des corps dans des espaces-temps socialisés avec éthique. Quels futurs pour ces espaces-temps socialisés, ces expériences et ces corps ?


Bibliographie

Tamarin Indika, texte, La Route, catalogue d’exposition collective, École Supérieure des Beaux-Arts de La Réunion, 2009

La grève des déambulants, texte Revue Art & Anarchie, ouvrage collectif sous la direction d’André Rober, éditions K’A, 2015

Ligne de fugue, nouvelle, Un si Beau Voyage, recueil, édition gens du monde, 2017

La Baignoire de Romain, texte Le Récit-Page, 2018

Les Fraisiers, texte Revue De Facto, 2019

Éponges Séquences Narratives, Écart, éditions Diaph8, 2019

Diabolo Menthe, Fragment, recueil collectif, Gens du monde, 2020

Les entrechocs de Vautier et les entrelacs de Matisse, catalogue d’exposition, «Tout va bien Monsieur Matisse », 2020

Les danses silencieuses, Revue Cabaret, 2020

Le Coefficient de Joies Vécues, Revue de Paris, 2020

«Les ambitions et les limites » des dimensions sociologiques de l’art invisuel et son dépassement, Revue de Paris, 2022

Le migrateur, Revue Econaute, 2022

To be your face or not to be, ceci n’est pas une critique, Revue Inter Art Actuel, N°140, 2022

Un nouvel éloge de l’acte artistique lent ! Revue Inter Art Actuel, N° 141, 2023

La praxis artistique comme espace collectif de nouvelles stratégies de résistances, Numéro Écologie Décoloniale dans les marges du monde, Revue Nakan, 2024

Portrait du King, Symposium Ghislain Mollet-Viéville, la figure atypique de l’art depuis 1975, Biennale de Paris, 2021

Porosités interstitielles: une écriture singulière du quotidien dans l’œuvre de Pérec, Mademoiselle Marie Juillet, Séance III, Invention et singularisation de l’écriture, Appropriation et créativité dans la pratique de l’écriture, Séminaire libre de la singularité, Institut de Recherche Internationale en Anthropologie de la Singularité (I.R.I.S.A), mai, 2022

La sororité à l’oeuvre dans les pratiques invisuelles, Colloque international art invisuel : Doxa et Paradoxe, 2022

Slowmo en autosuffisance ou un nouvel éloge de l’acte artistique lent !, Journée d’études, La Lenteur : geste(s), gestation(s) et réceptions (s), 2022

Tanella Boni, Suzanne Césaire, Annada Dévi : Praxis littéraires de résistances , de cosmopolitisme et d’habitabilité du monde, Colloque international Hommage «Tannella Bonni : l’universitaire, la féministe, la citoyenne du monde » , Université Félix-Houphouët-Boigny, Abidjan, Côte d’Ivoire, 2022

Transculturations, Créolités, Décolonialités : une poétique du lien?, Journée d’études à l’Université des Antilles, Pôle Martinique “Construire la caribéanité au prisme de la transmodernité: théories, formes et enjeux” co-organisée par les Dre et chercheuses Clara Dauler & Clarissa Charles-Chalery, 2022

L’expérience de l’altérité dans les praxis artistiques à l’ épreuve de la phénoménologie, 2022, Séminaire « À l’école de la phénoménologie,une fois de plus : Méthode, altérité, histoire », troisième séance « L’altérité comme chair », atelier des doctorants CRAL-EHESS/ARP/ Fonds Ricoeur 2022-2023, 2022

La praxis artistique comme espace collectif de nouvelles stratégies de résistances,Colloque «Écologie décoloniale dans les marges du monde » co-organisé par Buata Malela, la revue Nanka, Mélanges Caraïbes, Centre Universitaire de Mayotte, Université Gustave Eiffel et le laboratoire LISAA, 2022

L’art de rendre visible les invisibles : une photographie des mondes fantastiques, colloque Crédibiliser l’invisible : Photographies et littérature entre naturalisme et spiritisme en France, Macerata, Italie, 2023

Ernest Hemingway : une littérature relationnelle, hybride et transculturelle, colloque Hemingway et l’Amérique du Sud : la fabrique transculturelle du vivant, Université du Mans, France, 2023


Notes

[1] objet vidéographique non identifié d’après « L’ expérience de l’altérité dans les praxis artis tiques à l’ épreuve de la phénoménologie » : https://vimeo.com/780997930

[2] Wos Agence des Hypothèses : https://wos-agencedeshypotheses.com

[3] El Taller : https://treize-galerie.blogspot.com/

[4] La raffinerie : https://www.laraffinerie.re/

[5] Créaction : barbarisme que j’ai crée pour désigner des actions participatives artistiques, non artistiques et non identifiées comme artistiques qui produisent des créations activées en contexte et échelle 1.


Artiste et auteure indisciplinée indépendante, Marie Julie dite parfois MademoiselleMarie Juillet, joue avec les codes, les situations et les médiums « toujours pour rencotrer l’autre même parfois à ses dépens». Elle travaille à porositer ses champs d’investigations, sa praxis artistique et sa vie. Sa praxis et sa poíēsis se nourrissent de voyages, de rencontres, d’espaces-temps contemplatifs, d’altérité écopoétique et des paysages singuliers de La Planète. Ses propositions artistiques sont métisses. Elle privilégie l’expérience d’une production artistique à son résultat efficient. Elle y questionne les dimensions cachées et les forces poétiques des actes artistiques, discrets et furtifs.