Marcher léger. Immersion, observation, co-suscitations

Benjamin Arnault

École Nationale Supérieure du Paysage de Versailles, France


Citer cet article

Arnault, B. (2025). Marcher léger. Immersion, observation, co-suscitations. p-e-r-f-o-r-m-a-n-c-e, 8.


Résumé

Dans quelle mesure l’art écologique peut-il rimer avec distraction, insouciance, fantaisie ? Parmi les pratiques en art écologique, il est difficile d’envisager une place pour la légèreté. Cela dit, des pratiques immersives permettent, me semble-t-il, de déployer des formes de légèretés. Je pense à une pratique commune à tout un chacun : la marche. Le contexte écologique actuel nous incite à proposer une relecture circonstanciée de la marche en tant que pratique artistique établie et évolutive. Lors d’une promenade, des subjectivités peuvent être découvertes, des formes de légèretés expérimentées.

Mots Clés

marche, promenade, légèreté, art écologique, médiéthique


Dans un article intitulé « “L’art écologique’’ l’est-il vraiment ? », Bénédicte Ramade distingue quatre « modes opératoires » qui caractérisent selon elle les œuvres d’arts écologiques : « illustrer pour informer, agir pour réparer, élaborer des actions symboliques pour sensibiliser, protester […], dénoncer[1] ». Parmi ces quatre modes opératoires, il parait difficile d’envisager une place pour la légèreté. Dans quelle mesure les arts écologiques peuvent-ils rimer avec distraction, insouciance, fantaisie ?

Certes, il y a de quoi être inquiet voire désespéré. Fréquence des phénomènes météorologiques extrêmes, records battus, détresse des réfugiés climatiques, espèces en voie de disparition, régimes démocratiques en berne, etc. la situation écologique internationale nous interdit a priori toute forme de légèreté. Le constat d’une biosphère ravagée occasionne un désemparement individuel et collectif, engendre des souffrances dont des troubles mentaux. À la lecture des scénarios établis par la communauté scientifique, l’inquiétude de voir son cadre de vie s’altérer sans commune mesure dans un avenir proche – « pre-traumatic-stress disorder », « shadowtime » – engendre des activités compensatoires de divertissements – « ennuipocalypse ». Les journées de beau temps inhabituelles, les températures anormalement estivales, sont ressenties tels de tristes délices – « psychic corpus dissonance[2] »…

Dans ce contexte, de nouvelles pratiques artistiques, de nouvelles esthétiques émergent. Nicolas Bourriaud entre autres définit l’« esthétique inclusive[3] ». « Aujourd’hui, […] il est très difficile de se considérer – et encore moins pour un artiste – comme extérieur à la réalité que l’on décrit, témoigne le critique. […] On se voit sommé […] de cesser de se considérer comme en surplomb d’un monde que l’on observerait […] ». « […] Développer une pensée inclusive pour un artiste, c’est exprimer une position d’immersion [4] », récapitule-t-il. Or, certaines pratiques immersives permettent de déployer des formes de légèreté. Je pense à une pratique commune à tout un chacun : la marche.

Quels sont les intervalles disponibles en marchant ? Dans quels cadres de marche(s) est-ce possible d’expérimenter des formes de légèreté ? Quels bénéfices à la fois artistiques et éthiques, propres aux activités pédestres, pouvons-nous identifier ?

Promenade ou randonnée, outil en légèreté

Nous sommes à la recherche d’états de légèreté, éprouvés par le « fardeau[5] » des urgences écologiques. Aller marcher, se changer les idées, s’aérer, croiser quelqu’un, discuter, s’affairer avec la faune et la flore, cueillir, herboriser, goûter… Se promener est un moyen aisé pour se départir des astreintes, pour oublier quelque tracas. Pratiquer la promenade permet d’accéder à « la liberté suspensive[6] » selon Frédéric Gros. La promenade est également l’occasion de stimuler ses cinq sens, de s’exercer à la synesthésie. Il s’agit de se positionner au contact et à l’écoute. « La marche ainsi permet, comme des flambées brillantes, ce frayage d’une possibilité de sentir, par quantités discrètes : quelques rencontres au fil des sentiers[7] ».

Fin XVIIIe début XIXe, le paysagiste Humphry Repton suggéra à ses contemporains plusieurs « sources de plaisir dans le jardin paysager », dont « la variété », « l’association » et « l’involution », éléments phares pour la qualité de la promenade. Ceux-ci peuvent être transposés aux autres espaces parcourus par le promeneur, qu’ils soient urbains, périurbains ou ruraux : « […] La variété des productions de la nature est infinie et devrait être soigneusement étudiée » ; « L’association […] peut naître d’une particularité du paysage, comme par exemple la vue d’un lieu […], de l’attachement que l’on éprouve personnellement pour des objets peut-être sans grande valeur, mais qui nous sont familiers […], comme par exemple un endroit où l’on aime s’asseoir, un arbre, une allée […] » ; « L’involution », « cette disposition des objets qui, parce qu’ils se recouvrent et se dissimulent partiellement, éveille et entretient la curiosité[8] ». Ces indications de Repton, toujours valides me semble-t-il, demeurent de bons conseils pour l’orchestration d’une promenade. Dans ces conditions, le promeneur (re)trouve un cadre propice à la rêverie, il expérimente différentes qualités d’attention. Pratique du délassement, éthos, interlude, la promenade permet de se ressourcer.

« […] J’ai eu la chance d’aller me ressourcer deux semaines dans les forêts du Morvan alors que la canicule se généralisait. […] Cela m’a fait un bien fou. »
Stéphanie, 2023

 

« Cet été, en pleine canicule, le fait d’aller marcher en montagne dans les Pyrénées, au frais et d’y découvrir qu’il y avait encore des cascades, des torrents, des lacs ; cela m’a réchauffé le cœur […].[9] »
Anne, 2023

En tant que « technique de relaxation », la marche est préconisée pour « apaiser les manifestations du stress ». Elle constitue l’un des axes thérapeutiques majeurs de la sylvothérapie. « La reconnexion […] au vivant que sous-tend la sylvothérapie [ou « médecine par les arbres[10] »] […] est particulièrement pertinente pour les éco-anxieux[11] », témoignent le psychologue Pierre-Éric Sutter et Sylvie Chamberlin, co-fondatrice de la Maison des éco-anxieux. La pratique des « bains de forêt » (ou shinrin-yoku, issue de la tradition japonaise) dont s’inspire la sylvothérapie « consiste en une excursion en forêt de courte durée, à une allure tranquille et dans un objectif de détente, de loisir et de méditation ». Celle-ci « présente de nombreux avantages pour la santé[12] », assure le médecin Alice Desbiolles. À la recherche de calme pour ses patients, la psychothérapeute Charline Schmerber propose un exercice qu’elle intitule « La méditation marchée ». Il s’agit de « [marcher] très lentement en dirigeant [son] attention sur les différents points de contact de [ses] pieds avec le sol ». Cet exercice peut s’effectuer « pieds nus », « [en portant] toute [son] attention sur les sensations dans [ses] pieds : humidité, température, texture…[13] » Pratiques de la marche lors desquelles peut également être expérimenté le « land art[14] » selon Schmerber. Transposées sur la scène artistique, ces propositions psychothérapeutiques apparaissent sans doute déceptives, relevant d’un “déjà parcouru’’, avec un corpus d’œuvres historicisées… – cf. entre autres, d’Orlan, Action Or-lent : les marches au ralenti dites au sens interdit (1964) à Paulien Oltheten, A moment of slowing down (2013). Néanmoins celles-ci indiquent un cadre d’expérimentation élémentaire, vivifiant, à explorer autrement. La distinction entre la marche et la promenade que Gilles A. Tiberghien opère dans son article « La marche, émergence et fin de l’œuvre » (2000) peut être envisagée à l’aune de ces considérations psychothérapeutiques. Selon le philosophe, « marcher n’est ni se promener ni simplement déambuler. […] La marche est le moyen de la promenade et l’on comprend qu’un artiste qui fait de celle-là son activité principale ne se promène pas.[15] » En situation écologique dégradée, la promenade est appréciée par les artistes afin de lâcher prise, lors d’une phase initiale pour se rendre disponible au projet artistique.

Traversées & métamorphoses

« L’esthétique verte » – « […] l’artiste [n’intervient] plus et s’efface, au profit d’une relation esthétique immédiate entre le sujet et la nature[16] » (Loïc Fel, 2009) – tout comme « l’esthétique de la nature ordinaire » – « [les] espaces familiers font depuis la fin du XXe l’objet d’une attention accrue tant dans le champ de l’écologie urbaine et de l’agroécologie, que dans la réflexion d’éthique et d’esthétique environnementales[17] » (Rémi Beau, 2020) – peuvent renvoyer à des pratiques artistiques distractives a minima, des pratiques qui au premier abord paraissent peu fantaisistes. L’artiste est en mesure de les bousculer. Par exemple, nous pouvons nous inspirer des activités « promenadologiques » du critique Lucius Burckhardt. En 1988, pour la Triennale de Milan intitulée « Par-delà la ville : la métropole », Burckhardt « organise une promenade » qui « repose sur le principe du dépaysement » dans un « quartier typiquement métropolitain ». Par le biais de la lecture du « journal de Georg Forster consacré à l’exploration de Tahiti [exploration dirigée par le capitaine Cook, au XVIIIe siècle][18] », Burckhardt et ses étudiants procèdent à une relecture in situ du quartier milanais. « […] Le site et le texte correspondent un tant soit peu, et ce mélange à moitié harmonieux, à moitié détonant, [créé] le dépaysement – tout en stimulant la connaissance[19] ». À partir de ce principe de dépaysement expérimenté par Burckhardt, des promenades et des randonnées peuvent être scénarisées avec greffes et collages exogènes – apports de littératures de science-fiction, de récits cinématographiques, ou bien des avancées scientifiques, etc.

Les dimensions « psychogéographiques[20] » pour reprendre un terme cher à Guy Debord sont également à considérer lors de la scénarisation d’une promenade. S’appuyant sur Claude Lorrain pour définir la psychogéographie et la dérive – « Claude Lorrain est psychogéographique dans la mise en présence d’un quartier de palais et de la mer[21] », écrit-il -, Debord privilégie « un enchaînement de visions et d’ambiances », « [des] écarts entre les ambiances », « la diversité des passages », « les chocs perceptifs[22] » afin de dépayser le promeneur. De même, « [Lorrain] représente une utilisation détournée de l’exotisme et une mise en forme du lointain, un déplacement qui est un ailleurs[23] » dans plusieurs de ses tableaux. Il s’agit donc pour l’initiateur de la promenade d’orchestrer le programme pédestre en valorisant « le collage […] “atmosphérique’’ produit par la marche […][24] », ces dimensions contribuant au caractère distractif de la promenade.

Se rappeler tout de même de cette observation faite par Allan Kaprow à la fin de sa vie : « […] La grandeur pure des détails imprévisibles et les résultats de n’importe quel événement projeté dans le monde réel étaient tellement plus importants que ce qu’un programme fondé sur le hasard pouvait procurer, que, par conséquent, le fait d’inventer une méthode qui suspendrait goût ou choix était devenu superflu. Un plan simple suffisait : “Se promener pendant trois heures. Tourner à gauche tous les cent pas…’’[25] ». Inutile de surcharger le programme.

Marche sur, outil en libertés

« C’est un promeneur, ce que sont naturellement un gréviste, un manifestant, un revendicateur. Il marche sur…[26] »
Jean-Yves Jouannais, 1997

 

« Fictionner le réel, introduire des fables dans le mouvement de la ville pour le faire apparaître tel qu’il est, pour l’exposer, telle est la fonction du marcheur, […] ce bricoleur de récits, cet inventeur toujours en circulation dans les vitesses entremêlées de la mégapole qui éprouve la violence de la réalité urbaine et la met à l’épreuve.[27] »
Thierry Davila, 2002

« Dans une atmosphère globale de moralisation » émerge « l’art sous contrôle » observe Carole Talon-Hugon, un « art sociétal » dont les implications concernent entre autres la « [lutte] contre […] le péril écologique[28] ». Ces dernières années, nous constatons également la tenue régulière de manifestations pour nombre de causes écologistes dont les fameuses marches pour le climat. Dans ce contexte, il est loisible d’imaginer la réalisation par des artistes contemporains de marches sur, de marches hors-les-murs. Il faut mesurer les potentialités d’une marche conçue avec la volonté de subvertir telle situation établie. Par exemple, dans l’Angleterre industrielle du XIXe siècle, suite à la disparition des terrains communaux captés par les grands propriétaires qui s’en réservaient la jouissance, de « grandes marches [ont] sciemment [été] organisées en violation du droit de propriété », celles-ci ayant « changé la face de la campagne anglaise[29] », relate Rebecca Solnit.

Dans Marcher, créer (2002), Davila présente un corpus d’œuvres (appartenant principalement aux années 1990) marquées par « la figure du touriste », du « piéton planétaire », figure témoignant d’« un nomadisme généralisé » ou d’« une circulation généralisée[30] ». Trois décennies plus tard, étant donné la tournure des évènements, l’ensemble des crises écologiques, la tendance est a priori au ralentissement, voire à plus de sédentarité, soit la volonté de prolonger une halte face à la frénésie et aux turbulences, ou la contrainte de ne plus pouvoir se déplacer faute de moyens suffisants. L’exercice de la marche deviendrait localisé, à proximité du domicile, circulaire. Alors que la figure de l’exilé, du migrant en situation d’extrême précarité voire d’urgence vitale est de plus en plus prégnante, cette fois-ci à marche forcée.

Suite aux sorties d’atelier des impressionnistes et des land artists, en quoi consiste aujourd’hui une marche aux revendications artistiques et écologiques ? Empreinte de douceur et/ou de brutalité, les options scénaristiques sont multiples (par exemple, Elinor Whidden, Dromomania, 2005 et Mountain Man, 2007). « Il faut provoquer des départs, des transgressions, nourrir enfin la folie et le rêve, écrit Gros. […] [La marche] laisse apercevoir un rêve : marcher comme l’expression du refus d’une civilisation pourrie, polluée, aliénante, minable[31] ». Cette marche critique pourra s’inscrire dans le prolongement des activités de « l’artiste moderne [qui] déambule dans les interstices et les temps morts du productivisme ». « Déclarée hors-la-loi par les planificateurs de la société technocratique », « honnie par la société du rendement maximum[32] », la marche est un bel outil de revendication !

Traversées & improvisations

« Activité la plus archaïquement naturelle[33] », « sous-catégorie de la sculpture dématérialisée » (Lucy Lippard, 1993[34]), la marche est un outil d’expérimentation commun à toutes et à tous, simple d’utilisation[35]. Cette pratique invite non seulement à exercer ses facultés perceptives mais également à développer une certaine liberté de ton, de mouvement et d’action. En me promenant, j’éprouve un sentiment paradoxal : je peux m’attacher aux vivants observés tout en me détachant, le temps de la promenade, des soucis du réchauffement climatique. Je sais apprécier les cadres de vie et pourquoi pas, cas échéant, je fais fi de l’horizon qui vacille : cf. chaque sonorité des eaux, polluées ou non ; les danses lumineuses à même la ville ; les feux d’artifice de fleurs ; les gisants au bord des routes ; la douce variété des appuis au sol, etc. Dans l’éventail de possibilités, trois pôles d’intervention se dessinent et s’alimentent mutuellement : l’un impliqué, assidu, l’autre désinvolte, licencieux, et le dernier insouciant, joyeux. Je suis libre de me déplacer entre ces trois pôles.

En tant qu’« espace d’énonciation[36] », la marche suppose de libres mises en œuvre. Avant tout, la marche est le lieu du « phatique[37] » : manifester sa présence, entrer en contact. Au sein de milieux de vie, nous nous retrouvons face à tel animal, à telle plante, tel humain. « [La fonction phatique] sautille […], marche à quatre pattes, danse et se promène, lourde ou légère, telle une suite de “allô !’’ dans un labyrinthe d’échos[38] », écrit Michel De Certeau. Le simple fait de se signaler aux êtres vivants alentour est matière à inventer des branchements, composer des jonctions, articuler une « rhétorique cheminatoire[39] ». Antoine Freychet et Anastasia Chernigina le soulignent, « […] il s’agit, au cours d’une promenade artistique, d’entrer en relation avec ce qui nous entoure, puis de renforcer et d’étendre cette relation[40] ».

La marche est un espace d’énonciation qui permet également d’accéder au « discontinu[41] ». « […] Les traverses, dérives ou improvisations de la marche, privilégient, muent ou délaissent des éléments spatiaux. […] [Le marcheur] accroît le nombre des possibles (par exemple, en créant des raccourcis ou des détours) et celui des interdits […] ». « Il compose des “tournures’’ spatiales “rares’’, “accidentelles’’ ou illégitimes.[42] » Itinéraire prévu et déviations, approche et rencontres, le marcheur joue avec, parmi les milieux. « Pratiquer l’espace, […] c’est, dans le lieu, être autre et passer à l’autre[43] », récapitule De Certeau. Pensées depuis la ville, les propositions définitionnelles du philosophe se relisent à l’aune d’un art de la marche périurbain, rural, forestier, montagnard, etc. Quelles seront les futures propositions phatiques, les trajectoires des artistes-marcheurs en arts écologiques ?

Serait-il possible de poursuivre l’héritage de John Cage – l’indétermination, l’aléatoire, le hasard -, entreprise portée il y a quelques décennies notamment par Fluxus et Kaprow[44], fort des nombreux apports des sciences écologiques ? Les phénomènes météorologiques, les variations de couleurs, le parfum des fleurs, les croissances végétales, la faune en mouvement, les évènements stochastiques sont sources de distractions pour les promeneurs.

La marche, outil de recherche et de conception

« L’artiste [devient] sérieux, vertueux et engagé[45] ». « Meilleuriste[46] », « ingénieur de bien-être ou de solidarité[47] », l’artiste répare les milieux de vie et les psychés… (Selon certains, le champ de l’art contemporain pâtit d’une production donnant lieu à « de nouvelles formes de fonctionnalisme artistique[48] » dont les propositions en arts écologiques.) Parmi ces nouvelles figures de l’artiste émerge également celle du « sociologue », « chercheur en science humaine » ayant un « nouvel ethos de compétence[49] ». La marche apparaît ici comme l’une des activités de l’artiste-chercheur investiguant ses terrains, interrogeant les riverains, etc. Figure à laquelle peut être associée celle plus ancienne de « l’historien-chiffonnier[50] », figure baudelairienne analysée par Walter Benjamin et reprise par Davila. Parallèlement, en cursus d’études, la marche est dorénavant considérée comme un exercice fondamental pour une pratique en arts écologiques. Faisant l’objet de l’entrée « Promenades artistiques » dans l’abécédaire Arts, écologies, transitions (Université de Paris 8, 2024[51]), la marche est définie en tant qu’outil de conception, tel le dessin.

« […] Une promenade […] est aussi [l’expérience] d’un apprentissage ou, plus exactement, de dynamiques d’apprentissage dont les enjeux sont doubles : le développement d’une sensibilité écologique […] et la production de connaissances par le biais de la sensibilité […][52] ».
Antoine Freychet & Anastasia Chernigina, 2024

Une marche peut faire l’objet de séquences de recherche dans la durée, in fieri : démarrer un cycle d’expérimentations au sujet des aménités climatiques, végétales, animales – les modèles vivants -, partir à la rencontre des altérités, jouer avec l’indétermination. Il s’agit pour les étudiants comme pour les artistes de procéder à différents ajustements, saisir les occasions qui se présentent – jeu, succession de métamorphoses au gré des circonstances -, soit « [dialectiser] l’accidentel et le structurel[53] ». Tel « […] le nomade urbain [analysé par Davila] livré au-dehors, en proie à un univers toujours déjà là dont le mouvement même l’interroge », le marcheur formule « des réponses labiles face à des sollicitations issues de contextes eux-mêmes instables […] ». « […] Le marcheur est simultanément celui qui donne un profil à son chemin, ouvre ou trace une voie, et celui qui adapte ce trajet à un contexte, le construit en fonction des accidents et des contraintes du parcours.[54] »

Pour reprendre et actualiser les axiomes d’enseignement définis par Thierry De Duve, suite au paradigme post-moderne – attitude & pratique & déconstruction[55] -, je propose le paradigme suivant : immersion & observation & co-suscitations. J’emprunte la notion de « co-suscitation » à Augustin Berque. « Facteurs humains et facteurs naturels se [conditionnent] réciproquement », définit le géographe. « Les phénomènes se conditionnent les uns les autres », « ils se co-suscitent ». « Il y a historiquement co-suscitation entre le sujet et le milieu qui lui est propre ; et cela vaut tant à l’échelle individuelle qu’à l’échelle collective[56] », écrit-il encore. La proposition théorique de Berque peut être transposée, traduite en arts écologiques, notamment en considérant les marches des artistes en tant qu’expérimentations à développer, à renouveler. « Susciter », ou « impulser », « amorcer », « inciter », « déclencher », mais également « co-susciter », soit se mettre en dialogue avec la faune et la flore, à l’écoute des comportements et des réactions animales et végétales[57].

Au-delà du volet pédagogique, depuis plusieurs années, les collectivités sollicitent les artistes-marcheurs afin que ceux-ci partagent leurs pratiques de la marche auprès d’un public élargi. Par exemple, Stéphane Brisset et Dalila Ladjal ont fondé SAFI[58] en 2001. Le collectif de « marcheurs-cueilleurs » est désormais associé au Bureau des Guides et développe ses activités dans le cadre du GR2013 sur les communes de la métropole Aix-Marseille-Provence. À travers leurs différents projets, « [les artistes de SAFI] nous invitent […] à manger les paysages en déployant différents protocoles (cuisine mobile, poudres paysages, carte comestible…) […][59] ». Selon une démarche analogue, en région francilienne, le Sentier métropolitain a été inauguré en 2016 avec plusieurs centaines de kilomètres de sentiers autour de la capitale. En 2019 ont été finalisés Le Sentier des Terres communes ainsi qu’onze refuges autour de Bordeaux.

Traversées & co-suscitations

Se détacher un tant soit peu des obligations, goûter aux délices des sens, marcher relève avant tout d’un état d’esprit, d’une disponibilité. « […] Sentir à quel point le corps est fait pour ce mouvement », « mettre un pied devant l’autre, c’est un jeu d’enfant[60] », écrit Gros. Fort de cet allant vital, le marcheur divague, met de côté les charges mentales qui lui incombent. À nouveau léger, ressourcé, le marcheur s’empare d’un projet et pourquoi pas infléchit son itinéraire. Court intermède ou séquence prolongée, « la promenade peut être pensée comme une contestation […] qui vise les fragmentations de l’espace, du social et de la sensibilité […]. Autrement dit, elle est une pratique “capacitante’’ […][61] », rappellent Freychet et Chernigina.

La marche est un outil de recherche et de conception, capacitante pour soi et pour le groupe. Il est établi de longue date que la marche est pratiquée par les artistes en amont, au cours et en aval de leurs réalisations artistiques. Tiberghien en témoigne dans son texte « La marche, émergence et fin de l’œuvre[62] ». Le philosophe met à jour nombre de démarches artistiques expérimentées : explorer une géographie, repérer les lieux, enquêter, documenter un site par la photographie, collecter des éléments sur place, rejouer un itinéraire selon les indications des passants, voyager pour se changer les idées, découvrir une sculpture, etc. « La marche comme œuvre […], écrit-il, serait […] la mise en évidence de [l’absence d’une culture du sujet] liée au désir de recomposer une altérité, une nature dont nous ne savons plus grand chose ou une communauté que nous n’imaginons même pas. […] La marche est un creuset où se recompose l’art avec ses dimensions aussi bien éthiques, sociales que psychologiques […][63] ».

« Marcher, est […] une façon d’acquérir une connaissance beaucoup plus intime d’un lieu qu’on ne le ferait en se contentant de regarder. Marcher est, de bien des manières, une intensification de la perception.[64] »
Rudi H. Fuchs, 1986

Les déplacements des artistes se signalent en tant qu’activités providentielles en ces débuts d’arts écologiques. Depuis quelques temps, les historiens proposent des typologies d’œuvres en arts écologiques que les artistes-marcheurs peuvent interroger : « prendre un bain de nature », « retrouver la nature en soi », « être vivant parmi le vivant » ; « alerter, rendre visible […] l’urgence climatique » ou « avertir », « agir dans l’espace politique et symbolique », être « l’artiste en scientifique[65] », etc. Dans ce contexte, les artistes-marcheurs expérimentent avec une certaine liberté de ton et d’expression, cher préalable à l’opération artistique (tandis que d’autres peinent à « se dégager de ce satané curseur de l’efficacité, de la probité d’une œuvre [d’art écologique] […][66] »). En se promenant, en marchant, en randonnant, en éclaireurs, ils accompagnent « ce qui est en train de naître[67] ». Et pourquoi pas, ils co-suscitent, ou « [produisent] des effets existentiels et politiques significatifs », « [changent] les habitudes (d’art) » voire « [reconfigurent] les habitudes vitales[68] » pour reprendre les termes de Baptiste Morizot et Estelle Zhong Mengual.

Sur les territoires parcourus, quels éléments saillants signalent ou contredisent cet « […] ensemble des prescriptions reposant sur un ensemble de normes et de valeurs admises […][69] », se demandent les artistes ? Quid des altérités à explorer ?

Toutefois, en dernier recours, ou en premier secours, les artistes-marcheurs peuvent adopter « la liberté du renonçant[70] » et « s’astreindre à la non-production[71] ». Au revers de l’artiste réparateur, une autre figure voit peut-être le jour, l’artiste qui abandonne tout et dérive volontiers, part marcher. Souhaitant se prémunir de tout effet définitif, contre tout atterrement, il opte pour plus de relâchement et de volupté. « No work, just walk[72] » !


Notes

[1] Bénédicte Ramade, « “L’art écologique’’ l’est-il vraiment ? », conversation.com, 2 mars 2016.

[2] À partir de 2015, les artistes Heidi Quante et Alicia Escott présentent le Bureau de la Réalité Linguistique sur internet, un répertoire de néologismes au sujet de dynamiques psycho-sociales émergentes, [https://bureauoflinguisticalreality.com/], consulté le 9 août 2025.

[3] Nicolas Bourriaud, Inclusions. Esthétique du capitalocène, Presses Universitaires de France, 2021.

[4] Nicolas Bourriaud, « De la production à la conduction : l’art contemporain dans le réchauffement climatique », conférence donnée dans le cadre du programme Sometimes Doing Nothing Leads To Something, École polytechnique fédérale de Lausanne, 7 décembre 2020, 22’35’’-23’45’’, [https://www.youtube.com/watch?v=DwX0dwGlqjk], consulté le 9 août 2025.

[5] « Ce fardeau » : « devoir rétablir dans l’urgence les liens d’équilibre entre [l’homme] et son milieu vital », écrit Paul Ardenne, in P. Ardenne, Un art écologique. Création plasticienne et anthropocène, Le Bord De L’eau/La Muette, 2018, p. 7.

[6] Frédéric Gros, Marcher, une philosophie, Éditions Flammarion, 2009-2019, p. 11.

[7] Ibid., p. 193.

[8] Humphry Repton, Dessins et suggestions à l’usage des jardiniers paysagistes, Éditions Loudon, Londres, Longman, 1840, p. 111-114. Traduit par Michel Baridon, dans Michel Baridon, Les jardins. Paysagistes – jardiniers – poètes, Éditions Robert Laffon, 1998, p. 919-920.

[9] Stéphanie et Anne, in Pierre-Éric Sutter & Sylvie Chamberlin, Bien vivre son éco-anxiété. Prendre soin de soi en prenant soin du monde, Éditions Gereso, 2023, p. 35/121.

[10] Alice Desbiolles, L’éco-anxiété. Vivre sereinement dans un monde abîmé, Librairie Arthème Fayard, 2020, p. 156.

[11] Pierre-Éric Sutter & Sylvie Chamberlin, op. cit., p. 120.

[12] Alice Desbiolles, op. cit., p. 155.

[13] Charline Schmerber, Petit guide de survie pour éco-anxieux, Éditions Philippe Rey, 2022, p. 84/352. Cet exercice est également nommé « La marche consciente », in Élodie Georges & Arnaud Gauthier, Dépasser son éco-anxiété. Guide thérapeutique pour apprivoiser son stress et ses émotions face au dérèglement climatique, Éditions Eyrolles, 2024, p. 169-170.

[14] « [Réaliser] une œuvre à partir de matériaux trouvés dans la nature » : « Au cours d’une balade ou d’une randonnée, […] collecter pendant votre marche des éléments de la nature qui vous attirent », « [prendre] de petites choses déjà détachées des éléments vivants, comme les feuilles mortes, la mousse séchée, les cailloux, les bouts de bois », « [choisir] un endroit qui vous inspire, au bord d’une rivière, au pied d’un arbre, d’un rocher… », « [disposer] ses éléments […] », écrit Schmerber, in ibid., p. 354.

[15] Gilles A. Tiberghien, « La marche, émergence et fin de l’œuvre » in Maurice Fréchuret & Thierry Davila, Un siècle d’arpenteurs. Les figures de la marche, Éditions Réunion des musées nationaux, 2000, p. 226/245.

« L’artiste contextuel est un marcheur doublé d’un promeneur impénitent. […] [Son obsession est de] parcourir l’espace de manière physico-mentale, à des fins d’exploration », écrit Ardenne, in Paul Ardenne, Un art contextuel. Création artistique en milieu urbain, en situation, d’intervention, de participation, Éditions Flammarion, 2002, p. 88-89.

[16] Loïc Fel, L’esthétique verte. De la représentation à la présentation de la nature, Éditions Champ Vallon, 2009, p. 232. « L’immersion dans un environnement naturel au cours d’une promenade permet une expérience perceptive directe de la nature. Elle est donnée et présentée au gré des mouvements des promeneurs. L’accompagnement d’un artiste, qui a eu l’initiative de cette balade et qui l’a présentée comme une performance artistique, donne de facto à ces pérégrinations un statut d’expérience esthétique », relate Fel, in ibid., p. 237.

[17] Rémi Beau, « Une esthétique du soin environnemental pour cultiver la légèreté », Plastik, n°9, 14 septembre 2020.    « L’attention à l’ordinaire apparaît […] comme une disposition pratique qui appelle à la fois la mobilisation des expériences sensibles liées à l’exposition corporelle à notre milieu de vie et l’enquête scientifique visant à comprendre le fonctionnement écologique de ce même milieu », précise Beau, in ibid.

[18] Lucius Burckhardt, « La promenadologie. Un entretien avec Nikolaus Wyss, Zurich », in L. Burckhardt, Le design au-delà du visible, Éditions Centre Georges Pompidou, 1991, p. 76-77.

[19] Ibid., p. 77.

[20] « L’adjectif désignant “ce qui manifeste l’action directe du milieu géographique sur l’affectivité’’ », explique Debord, in Guy-Ernest Debord, Internationale situationniste, Librairie Arthème Fayard, 1958-1969-1997, p. 13.

[21] Guy-Ernest Debord, « Exercice de la psychogéographie », in Michèle Bernstein, Potlatch (1954-1957), Éditions Gallimard, 1996, p. 20.

[22] Thierry Davila, Marcher, créer. Déplacements, flâneries, dérives dans l’art de la fin du XXe siècle, Éditions du Regard, 2002, p. 31.

[23] Ibid.

[24] Ibid., p. 34.

[25] Allan Kaprow, « L’art de bien vivre » (1987), in A. Kaprow, L’art et la vie confondus, Éditions du Centre Pompidou, 1996, p. 263-264. Traduction par Jacques Donguy.

[26] Jean-Yves Jouannais, Artistes sans œuvres. I would prefer not to, Éditions Hazan, 1997, p. 63.

[27] Thierry Davila, op. cit., p. 79.

[28] Carole Talon-Hugon, L’art sous contrôle, Presses Universitaires de France, 2019, p. 9-11/79.

[29] Rebecca Solnit, L’art de marcher, Éditions de l’Olivier, 2000-2022, p. 215.

[30] Thierry Davila, op. cit., p. 17/40/45.

[31] Frédéric Gros, op. cit., p. 14/16.

[32] Nicolas Bourriaud, Formes de vie. L’art moderne et l’invention de soi, Éditions Denoël, 1999-2003-2009, p. 14-15.

[33] Frédéric Gros, op. cit., p. 196.

[34] Lucy R. Lippard, Overlay : Contemporary Art and the Art of Prehistory, New York, Éditions Pantheon, 1993, p. 125.

[35] « […] Selon Filliou, [la promenade] est l’affaire de tous. C’est une forme d’art pauvre et sans technique, qui ne demande aucun investissement, ne coûte rien, ne bâtit pas de pièces durables et se situe dans le partage, hors du circuit habituel. […] Rendez-vous, visite, balade, hasard, dérive[35] », écrit Tilman, in P. Tilman, Robert Filliou, nationalité poète, Les Presses du réel, 2007.

[36] Michel De Certeau, « Le parler des pas perdus », L’invention du quotidien. 1. Arts de faire, Éditions Gallimard, 1980-1990, p. 148.

[37] Ibid., p. 150. De Certeau transpose ce caractère de l’énonciation linguistique à l’énonciation piétonnière, la fonction phatique, soit « la fonction des termes qui établissent, maintiennent ou interrompent le contact, tels “allô !’’, “eh bien, eh bien’’, etc. » « […] Le marcheur constitue, par rapport à sa position, un proche et un lointain, un ici et un . » De la part du marcheur s’effectue « une appropriation présente de l’espace par un “je’’ [qui] a également pour fonction d’implanter l’autre relatif à ce “je’’ », explique De Certeau in ibid., p. 149-150.

[38] Ibid..

[39] Ibid., p. 151.

[40] Antoine Freychet & Anastasia Chernigina, « Promenades artistiques », in Roberto Barbanti, Isabelle Ginot, Makis Salomos, Cécile Sorin (Éd.), Arts, écologies, transitions. Un abécédaire, les presses du réel, 2024, p. 183.

[41] Michel De Certeau, op. cit., p. 149.

[42] Ibid.

[43] Ibid., p. 164.

[44] Par exemple, Benjamin Patterson & Robert Filliou, Fluxus sneak preview (1962), George Maciunas & co, Free Flux Tours (1976), in Paul Ardenne, op. cit., 2002, p. 95.

[45] Carole Talon-Hugon, op. cit., p. 8. « […] Cette figure de l’artiste trublion et provocateur, plus encore que celle de l’artiste dédaigneux des questions éthiques, tranche […] vivement sur celle de l’artiste grave et vertueux du tournant sociétal de l’art d’aujourd’hui », écrit encore Talon-Hugon, in ibid., p. 61.

[46] Paul Ardenne, op. cit., 2018, p. 11.

[47] Paul Ardenne, art. cit., 2010, p. 55.

[48] Carole Talon-Hugon, op. cit., p. 8.

[49] Ibid., p. 134.

[50] « Chiffonnier, collectionneur de débris et de menus butins, enquêteur suivant à la trace les humeurs et les rejets de la ville, le flâneur, devenu en quelque sorte un historien-chiffonnier, dresse […] la cartographie disloquée, parce que fragmentaire et lacunaire, d’un contexte qu’il traverse, qu’il arpente, et qui dans ces éclats additionnés, se révèle au regard », écrit Davila, in op. cit., p. 64.

[51] Antoine Freychet & Anastasia Chernigina, art. cit., p. 183-186.

[52] Ibid., p. 184-185.

[53] Thierry Davila, op. cit., p. 30.

[54] Ibid., p. 43/21/22.

[55] Thierry De Duve, Faire école, Les Presses du réel, 1992.

[56] Augustin Berque, « Milieu, co-suscitation, désastres naturels et humains », Ebisu (revue en ligne), n°47, printemps-été 2012, article mis en ligne le 3 avril 2014, p. 41. Je remercie Xiaoling Fang de m’avoir tenu informé de cette proposition théorique de Berque.

[57] Bien-sûr, il peut également s’agir de se mettre en dialogue avec des humains ! « […] Il y a un format que j’aime beaucoup qui est la marche parlée ou la conversation marchée […], témoigne l’artiste-chercheuse Anna Guilló. [Ce format dialogue] est quelque chose d’extrêmement porteur […], qui permet tout en marchant une pensée qui est extrêmement puissante […]. C’est une expérience que je fais souvent qui peut avoir des prolongements théoriques, textuels, etc., ce rapport de la parole à la marche et notamment de la conversation », in A. Guilló, « Esthétiques anarchistes – Marcher et penser avec Élisée Reclus. Art, cartographie et anarchisme », séminaire Esthétiques anarchistes. L’art et le non-gouvernable, Université Aix-Marseille, 18 novembre 2022, 2h26’25’’-2h27’, [https://amupod.univ-amu.fr/video/24621-esthetiques-anarchistes-marcher-et-penser-avec-elisee-reclus-art-cartographie-et-anarchisme/], consultée le 28 août 2025.

[58] S.A.F.I., du Sens, de l’Audace, de la Fantaisie et de l’Imagination.

[59] [https://bureaudesguides-gr2013.fr/collectif-safi/], consultée le 3 août 2025.

« Le Bureau des Guides du GR2013 est une association qui réunit des artistes-marcheurs autour du sentier de randonnée GR2013. Créée à la suite de l’année Capitale Européenne de la Culture à Marseille, cette association s’attache à explorer et à développer les possibilités offertes par le GR2013, ce sentier de grande randonnée atypique qui traverse 38 communes de la Métropole Aix-Marseille Provence, mêlant paysages naturels, urbains et périurbains sur plus de 365 km », est-il présenté, in [https://bureaudesguides-gr2013.fr/presentation-fr/], consultée le 3 août 2025.

[60] Frédéric Gros, op. cit., p. 8/196.

[61] Antoine Freychet & Anastasia Chernigina, art. cit., p. 183.

[62] Ibid.

[63] Gilles A. Tiberghien, art. cit., p. 250.

[64] Rudi H. Fuchs, Richard Long, Thames and Hudson Editions, 1986, p. 99. Cité par Tirberghien, in Gilles A. Tiberghien, art. cit., p. 244.

[65] Respectivement, Paul Ardenne, op. cit., 2018, p. 13 ; Lauranne Germond & Loïc Fel & Joan Pronnier, Art et écologie, Édition Palette…, 2021, p. 36/38/10-11/48-49/20 ; Paul Ardenne, « L’art vivant, au diapason de la culture environnementale », in P. Ardenne & al., Courants verts. Créer pour l’environnement, catalogue d’exposition, Éditions Le Bord De L’eau/La Muette, 2020, p. 17.

[66] « […] Se dégager de ce satané curseur de l’efficacité, de la probité d’une œuvre, l’art écologique traîne ça depuis le départ, […] c’est vraiment problématique de toujours cheviller l’œuvre à ce résultat-là », constate Bénédicte Ramade, in « Le tournant anthropocène de l’art écologique », colloque international Arts contemporains & anthropocène, Université de Saint-Étienne, 2021, 25’-25’20’’, [https://www.youtube.com/watch?v=JAORNDdQ-Dc], consulté le 9 août 2025.

[67] Je m’en tiens ici à la stricte considération étymologique, natura, « le fait de la naissance […], cours des choses », ce qui est en train de naître, d’après le Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales (C.N.R.T.L.), in [http://www.cnrtl.fr/etymologie/nature], consulté le 9 août 2025.

[68] Baptiste Morizot & Estelle Zhong Mengual, Esthétique de la rencontre. L’Énigme de l’art contemporain, Éditions du Seuil, 2018, p. 40.

[69] L’éthique et la morale définies par Talon-Hugon, in Carole Talon-Hugon, op. cit., 7, note de bas de page 1.

[70] Frédéric Gros, op. cit., p. 17.

[71] Jean-Yves Jouannais, op. cit., p. 69.

[72] Hamish Fulton est « […] adepte dès 1971 du « No walk, no work », relate Ardenne, in Paul Ardenne, op. cit., 2002, p. 133. « […] On en était presque à laisser entendre qu’on peut marcher à travers le paysage, sans même prendre une photo, sans rien écrire, sans faire de l’art. Mais je sais que je voudrais toujours faire de l’art […] », observe Fulton, in Hamish Fulton & Thomas A. Clark, Des pierres levées et des oiseaux chanteurs. En Bretagne, entretien avec Hamish Fulton, Éditions Domaine de Kerguehennec, 1989, p. 17.


Benjamin Arnault est artiste. Depuis plusieurs années, il mène une lecture critique de motifs écologiques contemporains. Privilégiant le format de la publication et la communication lors de colloques, ses travaux ont notamment été présentés à l’occasion de l’exposition Jardins au Grand Palais (2017), dans la revue Alauda du Muséum National d’Histoire Naturelle (2017). En 2021, il participe à l’exposition collective Les Écotones, Le musée des petits oiseaux au centre d’art Rurart. En 2023, il réalise une exposition personnelle au lycée où il fut lycéen (Lycée Camille Claudel, Blain, Loire-Atlantique), exposition intitulée Étude de ma relation au document naturaliste & à la chaleur.