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À 14 ANS D’HÉLÈNE ZIMMER

Ivan Magrin-Chagnolleau

English Version.


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Devenir femme

Voilà un premier film qui fait bien plaisir à voir. Hélène Zimmer a commencé sa carrière artistique en tant que comédienne. On lui doit aussi l’adaptation du Journal d’une femme de chambre pour Benoit Jacquot, à qui elle dédie d’ailleurs ce premier long métrage.

À 14 ans retrace la dernière année de collège de trois jeunes filles, Sarah (Athalia Routier), Jade (Galatéa Bellugi) et Louise (Najaa Bensaid). Elles habitent dans un quartier de la banlieue ouest de Paris. Et l’expérience d’avoir 14 ans et d’être en dernière année de collège n’est pas toujours très facile à vivre. Le film est structuré en quatre parties, automne, hiver, printemps, et été, la dernière servant plutôt d’épilogue au film. À travers cette dernière année de collège, ces trois jeunes filles vont vivre des expériences fortes qui vont avoir un impact sur leur façon d’être en relation avec les autres : brouille entre deux d’entres elles, fugue de l’une d’elle pour aller habiter chez sa grand-mère, des fêtes avec alcool et drogue où chacune d’elle essaie de trouver sa place de jeune fille devenant femme, le passage d’une sexualité essentiellement verbale à une sexualité physique, et l’expérience de la violence dans un monde (le collège) qui semble être essentiellement celui de ces jeunes entre eux, et où les adultes ont du mal à se faire une place. Les familles de ces trois jeunes filles sont d’ailleurs toutes recomposées, et chacune d’elle vit cette recomposition de manière complexe et par des réactions plutôt vives.

C’est tout un monde dans lequel les adultes ne pénètrent que très rarement et ne comprennent que très mal qu’Hélène Zimmer nous amène à découvrir dans son film. Et la force du film réside principalement dans cette façon de s’immiscer dans la vie de ces trois jeunes filles, presqu’à leur insu, comme si nous étions là sans qu’elles le sachent : une sorte de docu-fiction sur le début de l’adolescence. C’est cette dimension expériencielle qui fait toute la force de ce film. Nous sommes littéralement au cœur des expériences que vivent ces jeunes filles. Nous ressentons avec elles ce qu’elles ressentent.

Cette énergie et cette force que le film délivre reposent à mon avis sur plusieurs éléments : tout d’abord les choix de réalisation qui utilisent beaucoup de plans séquences, ce qui nous permet d’être avec les héroïnes du film ; le choix d’une caméra « à l’épaule », qui donne aussi l’impression de faire partie de la scène que nous regardons (à noter le très beau travail de la chef op, Caroline Champetier, à qui l’on doit notamment la magnifique Villa Amalia de Benoit Jacquot, ou encore le très beau Des hommes et des dieux de Xavier Beauvois) ; et des actrices vraiment incroyables et extrêmement bien dirigées.

Un film puissant et frais, qui aborde sans moralisme ni jugement des thèmes importants, et nous fait réfléchir à notre responsabilité vis-à-vis des futures générations et à ce que nous voulons leur transmettre, notamment à travers toute leur expérience éducative.


Bio d’Ivan Magrin-Chagnolleau