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La Chute de l’Empire Américain de Denys Arcand

Ivan Magrin-Chagnolleau

Le pouvoir de l’argent

La Chute de l’Empire Américain, le nouveau long métrage de Denys Arcand, est un film sur le pouvoir de l’argent. Conçu initialement comme un film indépendant des précédents, et qui devait avoir le titre plus explicite Le Triomphe de l’Argent, c’est au moment du montage que son réalisateur a noté les points communs importants avec Le Déclin de l’Empire Américain (qui explorait surtout la sexualité) et Les Invasions Barbares (qui explorait le thème de la mort).

Ce nouvel opus, qui du coup s’inscrit maintenant dans une série dont il constitue le troisième volet, a un ton plus léger que les précédents, et pourtant comporte une part de cynisme beaucoup plus importante. Selon Denys Arcand, l’argent l’aurait emporté sur tout, serait devenu roi. Le film raconte l’histoire de Pierre-Paul (Alexandre Landry), docteur en philosophie mais ayant choisi un boulot de livreur plutôt que d’enseignant de philosophie à la fac parce que ça paye mieux, se retrouve par hasard en possession de deux gros sacs remplis de billets. Il s’est simplement trouvé là au bon moment, a été témoin d’un hold up qui a mal tourné, et s’est retrouvé avec les deux sacs littéralement à ses pieds.

Il fait alors équipe avec une call girl, Aspasie (magnifique Maripier Morin), qu’il a aussitôt appelée pour commencer à profiter de son nouveau butin, et avec Sylvain Bigras (Rémy Girard avec les cheveux longs !), détenu récemment sorti de prison et qui a appris, pendant son incarcération, la gestion financière. Le film nous montre alors à quel point il est devenu facile de faire disparaître de l’argent douteux et de le transformer, après quelques transactions passant par des paradis fiscaux, en argent propre. Tout l’enjeu du film est alors de savoir si les protagonistes vont s’y prendre de la bonne façon, et surtout avant d’être rattrapé par la police qui enquête ou les malfrats à qui cet argent appartenait initialement.

Ce qui marque le plus, et qui est à mon avis un choix très judicieux, est le contraste entre le cynisme du thème traité et la légèreté de traitement. On est clairement dans le registre de la comédie et en même temps cette comédie est à la fois jubilatoire et fait froid dans le dos. Le film repose aussi sur les épaules de ses trois interprètes principaux, Alexandre Landry, Maripier Morin et Rémy Girard, qui campent avec brio des personnages que tout éloigne, et qui pourtant vont réussir envers et contre tout à nouer entre eux une relation forte et profonde bien qu’au départ totalement improbable. C’est l’autre point fort du film.

Une réflexion cynique et amusée (sans doute aussi un peu désabusée) sur notre société contemporaine et sur sa dérive de plus en plus amorale.

Réalisateur : Denys Arcand
Productrice : Denise Robert
Scénario : Denys Arcand
Photo : Van Royko
Musique : Mathieu Lussier, Louis Dufort
Montage : Arthur Tarnowski
Son : Martin Desmarais, Louis Gignac
Interprètes principaux :
Alexandre Landry (Pierre-Paul Daoust)
Maripier Morin (Aspasie/Camille Lafontaine)
Rémy Girard (Sylvain « the brain » Bigras)


Biographie d’Ivan Magrin-Chagnolleau